ETERNELLE RUSSIE D’IVAN dit LE TERRIBLE, DE PIERRE dit LE GRAND, DE CATHERINE dite LA GRANDE, DE STA

Rien que ce titre montre quelle inévitable malédiction pèse sur cet immense amalgame de peuples formant la « sainte » Russie.

Russe par ma mère, j’ai été bercé par les sanglantes anecdotes qui disent cette singulière « folie eurasiate » dont les Russes se vantent d’être possédés.

Pareils aux peuples, les enfants aiment s’endormir aux récits, paraît-il anesthésiants, des atrocités commises par les dévoreurs de petits enfants. Que ce soit Barbe bleue, Le Chaperon rouge, ou encore le Petit poucet, rien n’est plus délectable que ces atrocités chuchotées au seuil du sommeil par les douces lèvres d’une maman aimante. Quel apaisement que de savoir que cela n’est pas vraiment vrai pour vous… bien que possible pour les autres !

Sauf que dans mon cas, les contes somnifères de ma maman étaient puisés dans la réalité russe, à même son histoire, et chacun de ces contes d’une cruauté d’autant plus terrifiante que ma mère m’assurait, avec les douceurs de la langue russe, que ces récits chuchotés étaient puisés dans des faits réels dont mon esprit à peine formé devait se fortifier.

L’un d’eux m’a marqué au point que bien des années après j’en ai tiré une pièce de théâtre dont le titre, Le palais d’hiver, rappelle qu’elle se passe en Russie, du temps de Pierre le grand.

Pierre prenait plaisirs à des cruautés qu’il mêlait au pire grotesque. Par ce mélange il montrait l’immense distance qui le séparait de ses courtisans ainsi que de son peuple qu’il qualifiait indifféremment de « nabots ».

Et, non content de ce qualificatif humiliant pour les plus grands noms de la vieille Russie, il aimait à s’entourer de nains véritables qu’il anoblissait, les mêlant en grand nombre à sa Cour dans des orgies qu’aucun historien russe, depuis, ne s’est abaissé à décrire, tant il aurait été contraint d’employer des images et des mots indignes d’un si grand pays… et de sa si belle langue magnifiée par Pourchkine.

Voilà rapidement le sujet de ma pièce, tirée d’une réalité cruelle :

Deux nains de la Cour s’étaient épris l’un de l’autre. L’apprenant, et trouvant la chose trop comique, Pierre décida de leur offrir un mariage « royal ». Ce fut une méchante bouffonnerie. Il les couronna sur le trône impérial et leur fit élever un palais de glace à même la Neva gelée. Tout y était reconstitué en glace : les meubles, les objets, le moindre accessoire. Accompagné de la noblesse russe formant sa Cour, il conduisit, dans des rires fous, les petits nouveaux mariés dans leur palais où il les coucha sur un grand lit de glace. Après les avoir bénis, et souhaité une belle nuit de noce, il mura la porte avec de l’eau (laquelle se figea immédiatement), abandonnant les nouveaux mariés à une mort lente par congélation.

Cette pièce symbolise ma vision de la Russie où, depuis les incessantes invasions des Khan d’Asie, aucunes cruautés n’ont été épargnées à ces peuples d’esclaves (de là le qualificatif de Slaves).

Tout au long de leur histoire, ces peuples dispersés sur des territoires infinis et informes, furent maintenus courbés par des maîtres venus la plupart du temps de l’extérieur. Et lorsque les aléas de l’Histoire laissèrent à ces peuples la possibilité de se gouverner eux-mêmes, effrayés de cette liberté, voilà que ces esclaves envoyèrent des émissaires supplier des princes étrangers (Cyril et Méthode) de les prendre en main, jusqu’à les doter d’une écriture et d’une religion qui ne leur étaient pas propres.

Comment alors ces peuples qui ont toujours vécu dans la soumission (jusqu’à avoir subi dans un moment particulièrement intéressant de leur histoire une Allemande pour « souveraine », alors qu’un Emilian Pouguatchev*, ce cosaque issu de la paysannerie russe tentait de délivrer la Russie afin de la fédérer au nom du Christ), oui comment une telle masse humaine si disparate peut-elle même rêver de s’approprier ces fantasmiques « Droits de l’homme » que des peuples moins soumis de nature, tels ceux d’Europe, font plus ou moins semblant d’appliquer.

La longue lignée de maîtres à poigne de fer, dont la Russie n’a jamais pu ou voulu s’éviter la férocité, cette douloureuse Histoire faite de délation, de terreur domestique et de déportation, fait, par contre-coup, partie de l’Histoire d’une Europe - laquelle est redevable à ces territoires peuplés encore aujourd’hui d’esclaves… consentants (puisqu’un Poutine !), oui une Europe vraiment redevable de ses luxueuses démocraties, où même un transparent Hollande est préférable à ces nouveaux tzars qui s’inscrivent et s’inscriront, les uns après les autres, dans la perspective inévitable des tyrans de ces steppes inhospitalières qui, de tout temps, ont servi d’amortisseurs aux hordes déferlantes, lesquelles, vague après vague, s’y sont (heureusement pour nous !) diluées.

Serge Rezvani

*De là ma seconde « pièce russe » : La Mante polaire, créée par Maria Casarès.