LA MORALE DES JEUNES TUEURS

Tuer sans raisons ?

On ne peut accepter de subir des faits abominables sans s’interroger : Pourquoi un jeune délinquant, disons « normal », oui, « normalement » trafiquant de drogue, ou « normalement » braqueur de banque, ou « normalement » proxénète, ou même « normalement » assassin d’un rival bascule-t-il dans le terrorisme ?

Comment passe-t-il de la recherche instinctive de son mieux vivre par sa plus ou moins volontaire mise hors-la-loi… à l’Idée (comme disait Dostoïevski), laquelle vous conduit aux actions les plus cruelles qui, sous prétexte d’imposer une nouvelle éthique, pousse de jeunes délinquants « normaux » à des crimes d’une cruauté indescriptible, dont ils auraient été « normalement » incapables s’ils avaient continué à jouer leur rôle d’asociaux ?

Par quelle logique leur esprit s’est-il dévoyé au point de s’exalter alors qu’ils se font filmer en train de trancher la gorge d’un homme puis lentement le décapiter tout en proférant avec extase le nom de Dieu ?

Que ces jeunes exterminateurs soient issus de la décolonisation et des sous-quartiers dont s’est déchargée la conscience occidentale, ou qu’ils soient de souche européenne pour certains, il a fallu qu’ils se convertissent à l’Idée d’un « Bien » idéal au point d’obstruer leur cerveau quant à l’atrocité de leur action. En cela ils ne sont pas différents de la multitude de bourreaux « bien-pensants » des révolutions, des idéologies ou des religions par lesquelles les esprits faibles, comme le sont la plupart, se sont confortés en éliminant physiquement ceux qu’ils ont déchu au préalable de leur condition humaine.

A quoi serviraient les mots si ce n’est à préparer les différentes actions dont, sans leur force d’entraînement, nous serions incapables (que ces actions soient positives ou négatives selon quelle conscience en juge).

Pour exemple, il a fallu, grâce à une idéologie quasi-religieuse, laquelle - ne l’oublions pas ! - se préparait depuis des siècles, il a fallu d’abord dé-nommer, puis masser en des lieux restreints, puis dépouiller physiquement en les mettant « à poil » des millions de juifs en les disqualifiant de leur humanité. De sorte que l’homme moyen transformé en bourreau au cerveau obstrué par cette idéologie quasi-religieuse, ne voit plus dans ces femmes mises « à poil », ces enfants mis « à poil » et ces hommes mis « à poil » qu’une « sorte d’insecte » bonne à être gazée en masse au nom d’une prophylaxie idéale pour la super-vie d’une espèce désignée par le slogan Gott mit Uns. Lequel slogan assurait le tueur qu’il faisait œuvre divine.

Qu’on me pardonne cet exemple, bien sûr incomparable, dérobé à l’extrême ! Mais les faits actuels laissent cependant pressentir des désirs identiques. Acceptons que les pogromes millénaires annonçaient Auschwitz ! Comme les kamikazes d’aujourd’hui annoncent par une ignoble nostalgie l’élimination physique d’une grande partie de l’humanité qualifiée de mécréante. Au nom d’une idéologie mortifère comparable à celle des nazis, toute une armée de jeunes déçus de la vie qu’on ne leur propose pas, se prépare dans l’ombre.

Ils sont dangereusement « purs », ils ont été élevés, pour la plupart, dans les principes laïques du Bien, de l’Egalité, de la Fraternité par des professeurs malades de la mauvaise conscience de « l’homme blanc » (courageusement dénoncée naguère par Pascal Bruckner). Ils ont été confortés par ces professeurs dans leur conscience d’être ce qu’ils sont, comme leurs parents sont ce qu’ils sont : c’est-à-dire d’une sorte de France du sous-sol. Toute une pédagogie imprégnée du malaise des enseignants issus pour la plupart du haut-le-cœur de Mai 68.

Ces professeurs vieillissants, tout en fumant parfois des « pétards » avec eux, leur ont enseigné le droit à l’indignation d’être ce qu’ils sont… à l’indignation de ce que l’on a fait d’eux, et surtout à l’indignation de la certitude qu’ils n’ont pas de place dans le futur d’une société sans futur. Des professeurs compatissants, déçus eux-mêmes de ce qu’ils n’ont pu réaliser de la vie. Donc porteurs inconscients de leur « ratage », eux qui avaient voulu mettre « l’imagination au pouvoir » !

Quelle voie restait-il à ces jeunes excommuniés des banlieues qui avaient frôlé ces écoles de la mauvaise conscience ? La délinquance… ou alors une sorte de « droit chemin » vers une éthique promise par les Droits de l’Homme d’occident, dévoyée en une idéologie à la « Gott mit Uns » d’un futur venu du fond des âges. Armée de l’ombre qui éradiquerait l’hypocrisie dénoncée par « les sanglots de l’homme blanc » de gauche et, qu’en promettant un futur d’hier, des prêcheurs importés leur assurent d’appliquer (avec et pour eux) par les armes, au nom d’un Islam propre.

Serge Rezvani