LES SAINTES… DES « LAPINS » TUEURS

Il me faut remonter aux années soixante (donc à la sortie de mon premier livre Les Années Lumière) quand une revue d’architecture, dont je ne me souviens plus du nom, m’avait offert quelques pages où il me serait possible de m’exprimer au sujet de l’architecture. Mes raisons d’accepter étaient fortes car je vivais des années traumatisantes dans une HLM donnant sur les boulevards des Maréchaux par lesquels passaient, à l’époque à longueur de nuits, tous les poids lourds approvisionnant les halles (situées en ces temps-là au cœur même de Paris). Les murs tremblaient sans discontinuer car ces boulevards étaient pavés, et les camions, en files ininterrompues. Donc impossible de dormir, de respirer, de vivre !

Trop content que l’on m’offre cette tribune (surtout dans cette sorte de revue), je m‘étais attaqué avec violence à ceux qui acceptaient de bâtir à prix réduits ces « machines à mal vivre » dont j’étais l’une des innombrables victimes. Allant, dans mon indignation, jusqu’à traiter ces architectes peu scrupuleux de « collabos » des pouvoirs financiers à bas prix.

Et je finissais mon article par : « En bâtissant de tels clapiers, vous arrive-t-il de vous demander quels lapins en sortiront un jour ? »

Bien sûr l’article ne parut pas !

Depuis, on croit tout avoir dit de ces « barres » hâtivement bâties dans les périphéries des villes anciennes – donc de la communauté française de souche.

Et, bien sûr, de décennie en décennie on s’est refusé à voir quels petits «lapins » y naissaient, y grandissaient, prenaient conscience de leur « différence », et surtout de leur aspect différent par le regard… si ce n’est le non-regard des habitants des villes de France, à la fois si proches et si lointaines.

Différence aggravée par celle des parents de ces « petits lapins », puisque toutes ces familles issues de la « décolonisation » ou de l’immigration, pour la plupart ne cherchaient pas à s’intégrer… pas plus que les Français de souche, à les intégrer. Ces populations, presque fantôme, prises entre deux cultures, deux langues, « deux poids deux mesures », que pouvaient-elles comprendre à cette République qui affichait son slogan de conscience tranquille… mais à vrai dire de honte cachée en ces circonstances (aussi bien pour la droite que pour la gauche) ? : Liberté/Egalité/Fraternité !

Malheureusement le manichéisme pousse à simplifier quand il serait nécessaire d’aller aux prémices, évidemment compliquées (???), des évènements et des actions souvent trop insupportables pour qu’on les regarde en face. Pourquoi viennent de surgir ces jeunes tueurs monstrueux, avides de se sacrifier tout en sacrifiant les « autres », oui pourquoi terrorisent-ils aujourd’hui l’Europe… comme ils finiront par terroriser le monde ? Quels chemins ont pris leurs motivations transformées en certitudes ? Serait-ce au nom des idées morales d’une éthique enseignée dans les écoles d’un Occident qui cependant prospère ouvertement par le trafic des armes (merci Nobel, l’inventeur de la dynamite : dont les dividendes alimentent ses prix, dont celui de la Paix !) Ce même Occident démocratique, lequel a rempli ses coffres, naguère de la traite humaine (que ce soit des Noirs ou jadis des Amérindiens) ! Ce même Occident qui, aujourd’hui, sous les sigles mondialistes des grandes compagnies, dévaste les sous-sols, les sols, les airs, et les océans de notre planète !

Comment ces jeunes exclus de naissance et désespérément exclus à jamais, renseignés par les écrans plats qui diffusent en continu les images de la mauvaise conscience occidentale mêlées aux images de sa surabondance, ne s’enrageraient-ils pas de ce mensonge planétaire ?

Le communisme (qui devait se substituer à Dieu), s’étant en quelque sorte suicidé en prétendant établir l’égalité sur cette Terre, en faisant « table rase » laissait de nouveau la place à Dieu. Surtout plus au Dieu des oppresseurs ! Non, l’autre Dieu ! Pas celui de la croix ! Le Dieu propre, rigoureux jusqu’à la folie, le Dieu de Mahomet qui s’immiscerait au plus profond de la vie intime de ses adorateurs. Ce Dieu sanglant qui, en son nom, permet à ses « fous » de lapider, de trancher les mains et les têtes. Ce Dieu qui exige de ses « fous » que son nom soit universellement reconnu. Ce Dieu que le sexe écœure au point que ses adeptes s’efforcent de voir dans leurs femmes non pas des objets sexuels désirables (par les autres, disons : à l’occidentale), mais des « saintes » (ainsi les nomment-ils). Oui des « saintes » qu’ils déguisent en Vierges !

Et c’est à partir du moment qu’ils les nomment ainsi, qu’ils nous poussent à réviser l’ensemble de leur comportement puritain, du même puritanisme extrême qui animait aussi bien nos révolutionnaires français coupeurs de tête, qu’il y a peu de temps encore les « purs » maoïstes de la Révolution culturelle chinoise ou cambodgienne…

Et on se dit qu’en tout homme de foi, se cache un kamikaze !

Toute idéologie suscite des « fous » prêts à mourir, tout en tuant pour le principe. Il suffit de se retourner sur l’Histoire de la bête-humaine perdue, depuis toujours avide de tuer afin d’imposer un sens, aussi absurde soit-il, à cet univers incompréhensible.

Alors que les « clapiers » du mépris aient suscités des « lapins » tueurs, comment s’en étonner ?

Serge Rezvani